Falcon Energy réclame 100 millions de dollars à la Guinée devant la Cour de la Banque Mondiale
Un différend majeur éclate entre Falcon Energy et la Guinée
La société Falcon Energy Materials, basée à Abu Dhabi, a officiellement déclenché une procédure d'arbitrage contre la Guinée, réclamant la somme de 100 millions de dollars. L'entreprise accuse la nation d'Afrique de l'Ouest d'avoir procédé à une expropriation illégale de son projet de graphite situé à Lola. Selon un communiqué publié lundi, Falcon Energy a déposé sa requête auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), une institution de la Banque Mondiale. La société invoque des violations du traité bilatéral d'investissement entre la Guinée et les Émirats Arabes Unis.
Ce litige trouve son origine dans un décret présidentiel émis en mai 2025, qui a entraîné la révocation de plus de 50 permis d'exploration et d'exploitation minière à travers le pays. Ces permis concernaient diverses ressources minérales telles que la bauxite et l'or. La licence d'exploitation de Falcon Energy pour le projet Lola, situé à environ 1 000 km au sud-est de Conakry, près de la frontière libérienne, fait partie des licences annulées.
Matthieu Bos, PDG de Falcon Energy, a exprimé ses regrets quant à la nécessité d'engager des poursuites judiciaires, tout en affirmant la pleine préparation de l'entreprise à défendre sa demande de compensation. "Nous sommes pleinement préparés à présenter notre demande d'indemnisation lors de l'arbitrage, couvrant à la fois la perte des actifs de la société en Guinée et les dommages supplémentaires découlant des actions du Gouvernement guinéen", a-t-il déclaré. Il a également souligné que la récente levée de fonds de 25 millions de dollars canadiens (environ 18 millions de dollars américains) auprès de ses actionnaires assure un soutien total pour mener à bien cette affaire et couvrir les frais juridiques, garantissant ainsi la protection des intérêts des investisseurs.
Les arguments juridiques de Falcon Energy et l'analyse du marché
Falcon Energy soutient que le décret présidentiel contrevient au code minier guinéen de 2011 ainsi qu'aux termes dans lesquels la licence a été initialement accordée en 2019. La société affirme également ne pas avoir reçu de notification formelle de la révocation avant la publication du décret, ajoutant une couche de complexité à la situation. Des complications supplémentaires sont survenues, notamment le gel des comptes bancaires liés aux entités affectées par cette décision.
Amanda Lewis, analyste spécialisée dans le secteur minier chez Desjardins Capital Markets, a commenté la situation lundi, notant que "tout résultat positif pour la situation, y compris la réception d'une compensation pour l'investissement dans la propriété ou la réintégration des permis, offre un potentiel de hausse et d'optionalité pour l'entreprise". Lewis considère le projet Lola comme un actif "non stratégique" pour Falcon et ne lui attribue aucune valeur dans son modèle d'évaluation. Cette perspective suggère que, bien que le projet soit d'une importance capitale pour Falcon par le passé, sa valeur actuelle pour l'entreprise pourrait être perçue différemment par les analystes externes.
Stratégie future de Falcon Energy et importance du graphite
Malgré la bataille juridique en cours en Guinée, Falcon Energy poursuit activement ses plans de développement de capacités de traitement. L'entreprise est actuellement en train de construire une usine pilote et d'élaborer une étude d'impact environnemental pour une installation de graphite à grande échelle au Maroc. La production initiale est prévue pour le second semestre de l'année prochaine. Ce projet marocain représente une réorientation stratégique, alors que le projet Lola était auparavant considéré comme l'actif phare de Falcon et le pilier d'une stratégie plus large visant à construire une chaîne d'approvisionnement intégrée pour les matériaux de batteries.
Le gisement de Lola abrite des ressources mesurées et indiquées d'environ 54 millions de tonnes avec une teneur de 3,98% de carbone graphitique, représentant un total de 2,15 millions de tonnes de minerai. Falcon avait fait progresser ce projet par des études d'exploration et d'ingénierie. En 2022, une étude de faisabilité actualisée avait estimé les dépenses d'investissement à 185 millions de dollars. En décembre 2024, Falcon avait présenté un plan de développement combinant la mine guinéenne avec une installation de traitement au Maroc d'une valeur de 73 millions de dollars, destinée à produire du graphite sphéronisé purifié et enrobé, essentiel pour les anodes des batteries lithium-ion. Une évaluation économique préliminaire avait estimé que le projet intégré pourrait générer une valeur actuelle nette après impôts d'environ 1,3 milliard de dollars et un taux de rendement interne de 43%.
Le graphite est un minéral critique pour la chaîne d'approvisionnement des véhicules électriques, servant de composant clé pour les anodes des batteries lithium-ion. Des développeurs comme Falcon s'efforcent de construire des opérations verticalement intégrées pour les fabricants de batteries occidentaux qui cherchent à diversifier leurs sources d'approvisionnement au-delà de la Chine. Anciennement connue sous le nom de SRG Mining, Falcon a transféré son siège social du Canada à Abu Dhabi en 2024, après avoir obtenu l'approbation de ses actionnaires. Cette décision visait à offrir une plus grande flexibilité stratégique et à renforcer les protections juridiques grâce au réseau de traités d'investissement bilatéraux des Émirats Arabes Unis. Les actions de Falcon ont connu une hausse de 2,3% lundi matin à Toronto, portant la capitalisation boursière de l'entreprise à environ 153 millions de dollars canadiens (environ 112 millions de dollars américains).
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