PMI divergentes : la résilience américaine face au ralentissement de la zone euro - Forex | PriceONN
Les derniers indices PMI révèlent une divergence économique marquée, avec une solide activité aux États-Unis contrastant avec un net repli en zone euro, soulevant des questions sur les futures décisions de la BCE.

Un fossé économique mondial s'élargit

Une profonde fracture économique se dessine sur la scène mondiale. Les États-Unis affichent une résilience surprenante, tandis que la zone euro peine à surmonter des vents contraires significatifs. Les derniers chiffres des indices des directeurs d'achats (PMI) confirment un écart grandissant, dépeignant deux réalités économiques distinctes.

Le PMI composite de la zone euro pour mai a chuté à 47,5, un niveau clairement en territoire de contraction, bien en deçà des 48,8 attendus par le consensus. Ce déclin est principalement attribué au secteur des services, qui a connu une forte baisse à 46,4, avec une faiblesse particulièrement notable en France. Le secteur manufacturier offre un léger répit, restant en territoire d'expansion à 51,4, grâce notamment aux entreprises qui liquident les carnets de commandes accumulés avant les récents événements géopolitiques. Cependant, les pressions inflationnistes s'intensifient. Les coûts des intrants ont grimpé dans les deux secteurs, bien que les données sur les prix de sortie suggèrent qu'une flambée inflationniste immédiate et généralisée n'est pas encore manifeste. Malgré ces perspectives de croissance en berne, les marchés anticipent toujours une hausse des taux d'intérêt de 25 points de base par la Banque Centrale Européenne (BCE) en juin. Néanmoins, la détérioration des chiffres de croissance introduit une part d'incertitude, rendant un resserrement monétaire supplémentaire après juin moins probable.

L'économie américaine maintient le cap

Outre-Atlantique, l'économie américaine présente un tableau beaucoup plus robuste. L'activité des entreprises est restée solide en mai, le PMI composite se maintenant à 51,7. La production manufacturière a réservé une surprise particulièrement agréable, s'accélérant à 55,3. La croissance des services est également restée cohérente à 50,9. Alors que les nouvelles commandes et les prix ont connu une légère hausse dans le secteur des services américain, les coûts des intrants manufacturiers ont atteint leur plus haut niveau depuis mi-2022. D'autres indicateurs économiques ont présenté un tableau mitigé, montrant une production stable, des nouvelles commandes légèrement moins dynamiques et des chiffres d'emploi plus fermes. L'ensemble du rapport dégage une nuance légèrement hawkish concernant l'inflation, mais il est peu probable qu'il provoque des remous significatifs sur les marchés. Crucialement, il confirme la force et la résilience sous-jacentes de l'économie américaine par rapport à son homologue européenne.

Surveillance mondiale de l'inflation et des politiques monétaires

Au Japon, l'inflation de base pour avril a ralenti plus que prévu, s'établissant à 1,4% en glissement annuel, contre 1,7% attendu par le consensus. Ce ralentissement a été fortement influencé par les subventions gouvernementales pour le carburant et l'éducation. Bien que les pressions inflationnistes se soient temporairement apaisées, un rebond est attendu à mesure que ces mesures temporaires disparaissent. Malgré cela, les décideurs de la Banque du Japon signalent de plus en plus la possibilité d'une hausse des taux d'intérêt en juin, un changement notable par rapport à leur longue politique accommodante.

Le paysage économique du Royaume-Uni est également assombri par l'incertitude. L'activité des entreprises s'est considérablement affaiblie en mai, le PMI composite flash tombant à un plus bas de 13 mois à 48,5. L'activité des services a atteint son plus bas niveau depuis 2021 à 47,9, tandis que le PMI manufacturier a montré une plus grande résilience. Les entreprises signalent une baisse de la production, une inflation croissante, des perturbations de la chaîne d'approvisionnement et des suppressions d'emplois. Cet environnement difficile place la Banque d'Angleterre dans une position délicate, cherchant à concilier la nécessité de combattre l'inflation avec le risque d'aggraver un ralentissement économique.

Pendant ce temps, la Riksbank suédoise devrait maintenir sa position consistant à ignorer les chocs d'offre, étant donné des anticipations d'inflation bien ancrées et une demande faible. Des enquêtes récentes indiquent que les anticipations d'inflation sont en baisse, avec des attentes à 2 ans à 1,9% et à 5 ans à 2,0% en mai.

Perspectives et impacts sur les marchés

La Commission européenne a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro, ne projetant plus qu'une augmentation du PIB de 0,9% en 2026, contre une estimation précédente de 1,2%. L'inflation (IPCH) devrait rester élevée à 3,0% en 2026, persistant bien au-dessus de la cible de 2% jusqu'au troisième trimestre 2027. Ces projections s'alignent sur les attentes actuelles du marché et devraient se situer dans la fourchette des prochaines projections de la BCE.

Les marchés actions ont connu une séance volatile, avec les indices mondiaux approchant ou atteignant de nouveaux sommets historiques. Les données macroéconomiques et les développements géopolitiques, notamment concernant l'Iran, ont entraîné des fluctuations de prix intrajournalières significatives. Les actions cycliques ont généralement surperformé, bien que les rotations régionales et sectorielles aient été notables. En Europe, les actions défensives ont mené le marché, et une sous-performance notable des actions bancaires, malgré la hausse des taux, suggère une préoccupation des investisseurs quant aux implications stagflationnistes des PMI faibles et des potentielles hausses de taux de la BCE pour des raisons jugées défavorables par les investisseurs en actions. Ce matin, les marchés asiatiques affichent des gains, le Japon menant les avancées, grâce à des perspectives macroéconomiques positives et un optimisme de réouverture plutôt qu'une rotation technologique classique. Une dynamique similaire est observée dans les contrats à terme européens et américains, l'Europe affichant des gains plus forts avant les États-Unis, et là encore, sans être menée par les actions technologiques.

La divergence des performances économiques entre les États-Unis et la zone euro aura probablement des implications significatives pour les marchés des devises. La paire USD/EUR, actuellement autour de 1,16, pourrait connaître une volatilité continue. Alors que la force économique américaine soutient le dollar, les signaux dovish de la BCE, dus à un affaiblissement de la croissance, pourraient exercer une pression à la baisse sur l'euro. Les traders surveilleront de près les données entrantes sur la croissance des salaires dans la zone euro pour le T1, avec des attentes qu'elle reste stable à 2,9% en glissement annuel. Tout écart pourrait avoir un impact significatif sur les attentes de politique de la BCE et la trajectoire de l'euro.

Les marchés obligataires réagissent également. Aux États-Unis, les prévisions actualisées indiquent deux hausses de taux de la Fed d'ici la fin de l'année, entraînant des révisions à la hausse des attentes de taux d'intérêt américains sur tous les horizons. Ceci contraste avec la zone euro, où les PMI plus faibles tempèrent les attentes de nouvelles hausses de taux de la BCE au-delà du mouvement anticipé de juin. Les taux des swaps européens à long terme devraient baisser au cours de la prochaine année, bien que le tableau des risques suggère des perspectives plus équilibrées, limitant l'ampleur de la baisse des taux de swap EUR à 10 ans. L'attractivité des USD/SEK longs est également mise en avant, suggérant un potentiel de nouveaux gains pour le dollar américain face à la couronne suédoise.

La Banque d'Angleterre est confrontée à un équilibre délicat. La faiblesse de l'économie britannique, associée à une inflation persistante, crée un environnement difficile. Les investisseurs surveilleront les prochaines publications de données pour tout signe d'un ralentissement plus profond ou d'un problème d'inflation plus tenace, ce qui pourrait entraîner une volatilité accrue sur les actifs britanniques et la livre sterling. Enfin, la réaction du marché actions souligne une tension clé. Alors que les cycliques sont généralement favorisées, la sous-performance des banques européennes dans un contexte de PMI faibles suggère une préoccupation croissante concernant la stagflation. Les investisseurs se méfient des hausses de taux qui pourraient être nécessaires pour lutter contre l'inflation mais qui pourraient étouffer davantage une croissance économique déjà faible, créant un environnement complexe pour la sélection des actions.

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