Crise énergétique, Le Nucléaire Revient en Force Face à la Pénurie de Gaz et de Pétrole
Le Nucléaire, Pilier Énergétique Retrouvé
Une réorientation stratégique des politiques énergétiques mondiales s'opère discrètement, plaçant l'énergie nucléaire au cœur des préoccupations. Dans un contexte géopolitique tendu et face à une pression accrue sur les approvisionnements en pétrole et en gaz, l'attrait pour le nucléaire comme source d'énergie de base, fiable et faiblement émettrice de carbone, s'intensifie. Le principal obstacle demeure toutefois le temps considérable requis pour développer de nouvelles capacités. Cette évolution est marquée par des aveux significatifs de la part de dirigeants européens. Plus tôt ce mois-ci, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a reconnu lors d'un sommet sur l'énergie nucléaire que la précédente réticence du continent à l'égard du nucléaire constituait une « erreur stratégique ». Elle a souligné la perte d'une opportunité d'exploiter une source d'énergie stable, économique et peu polluante, une déclaration notable venant d'une dirigeante ayant auparavant soutenu la sortie du nucléaire en Allemagne. Désormais, Mme von der Leyen s'est engagée à allouer 200 millions d'euros pour faire progresser les « technologies nucléaires innovantes », avec un intérêt particulier pour les petits réacteurs modulaires (SMR).
Bien que les SMR suscitent un vif intérêt médiatique, leur déploiement concret s'avère plus complexe que prévu. Heureusement, une part substantielle des capacités nucléaires existantes peut être remise en service, notamment au Japon. Des analyses récentes suggèrent que la crise au Moyen-Orient orientera probablement le Japon et la Corée du Sud vers une dépendance accrue vis-à-vis du nucléaire à long terme. À court terme, le charbon devrait combler le déficit d'approvisionnement. Ces tensions géopolitiques « accélèrent les changements structurels vers l'expansion nucléaire, un ralentissement des fermetures de centrales à charbon et la localisation des chaînes d'approvisionnement en énergie propre », note-t-on. Cette impulsion en faveur de l'expansion nucléaire est d'autant plus remarquable que ces deux nations ont une exposition directe relativement limitée aux conséquences les plus graves des actuelles flambées géopolitiques.
L'Asie et l'Europe Accélèrent la Transition Nucléaire
Le Japon a déjà franchi des étapes importantes, réactivant cinq réacteurs nucléaires depuis 2022. Cette démarche a augmenté sa production d'électricité de base de 4,6 GW, réduisant ainsi sa dépendance aux importations de matières premières énergétiques. En Corée du Sud, le sentiment public et les directives politiques favorisent de plus en plus l'énergie nucléaire. Le président français Emmanuel Macron est également un fervent défenseur, encourageant l'Europe à étendre son parc nucléaire. Lors du même sommet où s'exprimait Mme von der Leyen, M. Macron a affirmé que le nucléaire est « la clé pour concilier l'indépendance – et donc la souveraineté énergétique – avec la décarbonation, et donc la neutralité carbone ». Pour renforcer l'attrait croissant du nucléaire auprès des décideurs européens, Mme von der Leyen aurait adressé une lettre aux chefs d'État membres, les incitant à envisager la prolongation de la durée de vie opérationnelle de leurs installations nucléaires existantes. La lettre suggère qu'« éviter la mise hors service prématurée d'installations telles que les centrales nucléaires existantes, qui peuvent continuer à fournir de l'électricité fiable, rentable et à faible émission, peut également jouer un rôle », selon des informations rapportées. Ceci contraste avec les directives européennes des années 1990, qui imposaient aux pays d'Europe de l'Est de fermer certains réacteurs de l'ère soviétique jugés peu sûrs, malgré des évaluations d'experts indiquant leur viabilité continue. Cela a entraîné une réduction de la capacité nucléaire et une dépendance accrue au charbon pour une production d'électricité stable dans ces régions.
Pour la Corée du Sud, prolonger la vie de ses réacteurs nucléaires actuels présente un avantage évident. Les estimations indiquent que 7,8 GW de capacité, initialement prévus pour être retirés du service vers 2030, pourraient voir leur durée de vie opérationnelle étendue. Le nucléaire représente actuellement un tiers du mix électrique sud-coréen, avec une capacité installée totale de 26 GW. Malgré cela, les administrations précédentes ont envisagé l'idée d'éliminer progressivement le nucléaire au profit des énergies renouvelables intermittentes, qui ont peiné à répondre de manière constante à la demande d'électricité fiable.
Impacts sur le Marché et Perspectives Futures
Même l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE) a exprimé son soutien au nucléaire, reconnaissant que l'éolien et le solaire, même avec stockage par batterie, pourraient ne pas suffire à satisfaire la demande croissante d'électricité. L'AIE rapporte que la capacité nucléaire mondiale s'élève à 413 GW, contribuant de manière significative en évitant 1,5 gigatonne d'émissions mondiales et en réduisant la demande mondiale de gaz de 180 milliards de mètres cubes par an. Cette réduction de la demande de gaz est particulièrement pertinente compte tenu des perturbations actuelles de la production de gaz qatari, dont la résolution pourrait prendre plusieurs années. Si l'énergie nucléaire offre une solution solide pour la production d'électricité, elle ne peut remplacer le gaz naturel dans d'autres secteurs essentiels, comme la production d'engrais. Les perturbations de la chaîne d'approvisionnement résultant du conflit au Moyen-Orient impactent déjà l'industrie agricole, signalant un potentiel d'inflation considérable des prix alimentaires. Bien qu'une résolution rapide de ces défis interconnectés soit peu probable, les nations disposant de parcs nucléaires établis peuvent trouver un certain réconfort dans leur approvisionnement électrique sécurisé, fiable et d'origine nationale. Comme l'a judicieusement résumé Xiaonan Feng, analyste chez Wood Mackenzie, « les considérations de sécurité énergétique continueront d'accélérer l'expansion nucléaire, de retarder les fermetures de centrales à charbon et de mettre davantage l'accent sur les chaînes d'approvisionnement énergétiques nationales sur les deux marchés ».
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