Tensions géopolitiques et pétrole : le marché s'embrase après une frappe israélienne en Iran
La flambée des prix de l'énergie redessine les perspectives économiques
Les marchés ont réagi vivement suite à une frappe israélienne présumée sur le vaste champ gazier de South Pars en Iran. Cet événement a ravivé la spéculation autour du "Iran-trade", mettant fin à deux jours de relative accalmie. Téhéran a rapidement répliqué par des menaces, ciblant potentiellement des installations énergétiques au Qatar, en Arabie Saoudite et aux Émirats Arabes Unis, affirmant que l'attaque contre ses propres infrastructures "ne restera pas sans réponse".
Avant même cette escalade, les prix du Brent avaient déjà entamé une ascension au début des échanges européens. L'annonce de la frappe a accéléré cette tendance, propulsant le baril de pétrole de niveaux juste au-dessus de 100 dollars à environ 110 dollars. Le gaz naturel n'est pas en reste ; le contrat néerlandais de référence TTF a bondi de plus de 10%, passant de 50 €/MWh à 56 €/MWh.
Face à ces pressions inflationnistes, le président américain a pris des mesures temporaires. Donald Trump a suspendu l'application de la loi Jones Act pour une période de 60 jours, permettant ainsi à des navires étrangers de transporter des marchandises diverses entre les ports américains. Normalement, ces cargaisons doivent être acheminées par des navires battant pavillon américain, construits et détenus par des Américains.
Les banques centrales sous pression face à l'inflation persistante
Parallèlement, les marchés obligataires sensibles aux taux d'intérêt renouent avec la tendance baissière, les courbes de rendement se creusant (bear flattening). Cette évolution anticipe une réponse monétaire plus restrictive de la part des banques centrales dans les prochaines 24 heures. La Réserve Fédérale américaine (Fed), la Banque du Japon (BoJ), la Banque Centrale Européenne (BCE) et la Banque d'Angleterre (BoE) devraient adopter un ton nettement plus préoccupé par l'inflation que leur rhétorique qualifiée de "transitoire" il y a quatre ans.
La Banque du Canada a donné un avant-goût de cette vigilance. Bien qu'elle ait maintenu son taux directeur inchangé à 2,25%, sa déclaration de politique monétaire a signalé une disposition à réagir aux risques haussiers sur l'inflation. "Le Conseil de gouvernance ignorera l'impact immédiat de la guerre sur l'inflation, mais si les prix de l'énergie restent élevés, nous ne laisserons pas leurs effets se généraliser et devenir persistants", a précisé la banque centrale.
Malgré ces avertissements, le gouverneur Macklem a minimisé le risque d'une propagation rapide des prix élevés de l'énergie aux autres biens et services canadiens. Cependant, des signes contraires émergent. Le groupe chimique allemand BASF a annoncé une augmentation de prix allant jusqu'à 30% sur certains de ses produits, invoquant la hausse des coûts des matières premières, de l'énergie et du transport.
Les rendements des obligations allemandes et britanniques à court terme ont grimpé de plus de 8 points de base. Sur les marchés monétaires de la zone euro, les anticipations d'un premier resserrement monétaire de la BCE cette année (25 points de base) sont désormais pleinement intégrées. Aux États-Unis, la partie avant de la courbe des taux s'est appréciée de 4 points de base.
En ajoutant aux inquiétudes inflationnistes, les prix à la production (PPI) américains de février ont déjà dépassé les attentes des consensus. Les prix à la sortie des usines ont augmenté de 0,7% en glissement mensuel au niveau général et de 0,5% pour les prix de base. Sur une base annuelle, ces hausses atteignent 3,4% et 3,9% respectivement, ce dernier chiffre égalant le rythme le plus rapide depuis février 2023.
Sur le marché des changes, la force du dollar est moins prononcée qu'en début de mois. L'indice du dollar américain (DXY), qui mesure la valeur du billet vert face à un panier de devises, tente de reconquérir le seuil des 100 points. L'euro s'échange autour de 1,1510 face au dollar, contre un début de journée proche de 1,1540.
Les marchés boursiers européens ont vu leurs gains intraday se transformer en pertes, atteignant jusqu'à 0,50%. Les principaux indices américains suivent la même tendance baissière.
Perspectives monétaires américaines et scénarios suisses
Lors de la réunion du FOMC ce soir, il est très peu probable que la déclaration de politique monétaire, les projections économiques trimestrielles ou la conférence de presse du président de la Fed, Jerome Powell, ouvrent encore la voie à une réduction des taux d'intérêt cette année. Fin février, les marchés monétaires américains escomptaient 2,5 baisses de taux d'ici décembre, avec un taux directeur culminant autour de 2,75%-3% l'année prochaine.
Actuellement, les contrats à terme sur les fonds fédéraux n'attribuent qu'une probabilité de 80% à une seule baisse de taux cette année. Cette réduction, si elle a lieu, serait probablement la dernière de ce cycle, mais pourrait être repoussée. Cela laisse plus de marge pour un repositionnement des investisseurs dans une optique de "bear flattening", d'autant plus que nous n'excluons pas que les "faucons" de l'inflation intègrent des hausses de taux dans leurs prévisions.
Analyse des perspectives économiques suisses
Dans ses prévisions de printemps, l'Institut KOF de recherche économique suisse envisage deux scénarios, l'exercice étant assombri par l'incertitude accrue liée au commerce et à la géopolitique.
Dans son scénario de base, le KOF suppose que l'impact du conflit au Moyen-Orient sur la Suisse restera limité et se normalisera après un choc initial. Dans ce cas, la croissance du PIB (hors événements sportifs majeurs) est projetée à 1% pour cette année et 1,7% pour l'année prochaine.
Cependant, dans un scénario alternatif où le prix du pétrole se maintient autour de 90 dollars le baril, soit 30% au-dessus du scénario de référence, le KOF revoit ses prévisions de croissance à la baisse, à 0,7% et 1,5% respectivement. Cela entraînerait une perte cumulée de PIB de 0,6% d'ici la fin 2027. La croissance de l'emploi faiblirait alors (20 000 emplois en moins), faisant grimper le taux de chômage à 3,1% en 2027.
L'inflation dans ce scénario de risque devrait passer de 0,3% à 0,6% en 2026 et de 0,6% à 0,8% en 2027. Dans l'ensemble, les pressions inflationnistes globales restent faibles. Les loyers et les services domestiques demeurent les principaux moteurs. Les biens nationaux et les importations exercent une pression à la baisse, tandis que l'appréciation du franc suisse ajoute une pression désinflationniste.
Le KOF s'attend à ce que la Banque Nationale Suisse (BNS) maintienne son taux directeur à 0% pendant toute la période de prévision. La BNS publiera sa décision de politique monétaire régulière demain. Les marchés surveilleront attentivement la communication de la BNS concernant les interventions sur le marché des changes. Le franc suisse, coté à 0,907 EUR/CHF, s'est légèrement affaibli par rapport à ses niveaux record (hors pic de 2015) en dessous de 0,90 EUR/CHF la semaine dernière.
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