Énergies propres en plein essor, mais les émissions mondiales battent de nouveaux records en 2025 - Énergie | PriceONN
Malgré une croissance record des énergies renouvelables en 2025, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont atteint un nouveau sommet historique, révélant la complexité de la transition énergétique.

Le paradoxe de la transition énergétique : croissance des renouvelables, hausse des émissions

La dernière édition de la Revue Statistique Mondiale de l'Énergie, publiée par l'Energy Institute en partenariat avec Ember et en collaboration avec KPMG et Kearney, met en lumière une contradiction frappante au cœur du système énergétique mondial. Ce rapport, référence annuelle incontournable des données énergétiques internationales, souligne que malgré une expansion spectaculaire des énergies propres, notamment solaire et éolienne, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont de nouveau franchi un cap historique en 2025. Les émissions globales de dioxyde de carbone équivalent ont grimpé de 40,7 milliards de tonnes métriques en 2024 à 41,0 milliards de tonnes métriques en 2025, soit une augmentation d'environ 331 millions de tonnes métriques. Sur la base ajustée de la Revue Statistique, cela représente une hausse de 1,1%, dépassant la moyenne décennale de 0,9%. Le monde a ainsi battu des records d'émissions consécutivement en 2022, 2023, 2024 et maintenant en 2025.

Il est crucial de noter que ces données englobent une définition plus large que la seule combustion de carburants. La série CO2 équivalent inclut les émissions liées à l'énergie, les émissions des processus industriels, le torchage, ainsi que le méthane associé à la production et à la distribution des combustibles fossiles. Cette granularité explique pourquoi la tendance des émissions ne peut être entièrement comprise en se concentrant uniquement sur les centrales électriques et les transports.

Les chiffres de la production d'électricité confirment cette complexité. La génération mondiale d'électricité a augmenté d'environ 855 térawattheures en 2025. Fait remarquable, la production renouvelable a progressé d'environ 861 térawattheures, dépassant ainsi la croissance nette de la production électrique mondiale. Parallèlement, la production d'électricité à partir du charbon a diminué de 59 térawattheures, tandis que celle issue du gaz naturel n'a que légèrement augmenté (+22 térawattheures) et celle issue du pétrole a reculé. L'augmentation globale des émissions ne peut donc être attribuée à une seule cause. La couverture de la totalité de l'augmentation nette de la production électrique par les énergies renouvelables, combinée à une hausse des émissions totales, pointe vers une explication plus globale impliquant les carburants de transport, l'activité industrielle, la production de combustibles fossiles, le méthane, le torchage et les rééquilibrages régionaux du mix énergétique.

Les États-Unis surprennent avec un rebond des émissions, la Chine ralentit

Le continent nord-américain a représenté 47,1% de l'augmentation des émissions mondiales en 2025, alors qu'il ne compte que pour 15,6% du total mondial. Ce rebond spectaculaire est principalement attribué aux États-Unis. Les émissions américaines ont grimpé de 5,1 milliards de tonnes métriques en 2024 à 5,3 milliards en 2025, soit une hausse d'environ 147 millions de tonnes métriques, correspondant à une augmentation de 3,2% selon la base ajustée de la Revue Statistique. Ce net rebond d'une année sur l'autre efface ainsi les baisses enregistrées au cours des deux années précédentes. Bien que les émissions américaines restent inférieures à leur pic de 2007 et légèrement en deçà des niveaux de 1990, cette tendance montre que les progrès en matière d'émissions ne sont pas garantis. Une augmentation de la demande énergétique, couplée à un retour du charbon dans le mix électrique, peut rapidement inverser la tendance.

L'analyse de la production électrique américaine en 2025 révèle une augmentation de 133 térawattheures. La production renouvelable a fortement progressé (+99 térawattheures), mais la production à partir du charbon a également bondi de 91 térawattheures (+13%). Dans le même temps, la production à partir du gaz naturel a diminué de 67 térawattheures. Ce rééquilibrage en faveur du charbon, plus émetteur que le gaz, explique en partie la hausse des émissions malgré la croissance des renouvelables. L'augmentation de la demande, combinée à ce retour du charbon, a donc annulé les progrès réalisés.

En contraste frappant, la Chine, bien que restant de loin le premier émetteur mondial avec 12,5 milliards de tonnes métriques (30,5% du total mondial), a vu sa croissance d'émissions quasiment stagner en 2025, avec une hausse modeste de 4 millions de tonnes métriques. Cette décélération marque un tournant par rapport aux années précédentes, où la Chine était le principal moteur de l'augmentation des émissions mondiales. Depuis 2000, la Chine a contribué à environ 61% de l'augmentation globale des émissions. En 2025, le rebond américain a été plus important en termes absolus. La production d'électricité chinoise a augmenté de 488 térawattheures, largement couverte par la croissance des renouvelables (+478 térawattheures), du nucléaire (+34 térawattheures) et de l'hydroélectricité (+28 térawattheures), tandis que la production au charbon a diminué de 80 térawattheures.

Tendances dans le reste du monde et perspective globale

L'Inde a également affiché un ralentissement notable, avec une augmentation de ses émissions de seulement 21 millions de tonnes métriques pour atteindre 3,28 milliards de tonnes métriques en 2025, une croissance bien plus modérée que les années précédentes, malgré une hausse annuelle moyenne de 3,5% sur la décennie écoulée.

Les pays non membres de l'OCDE continuent de dominer les émissions mondiales, représentant 70,5% en 2025, contre 29,5% pour les pays de l'OCDE. La région Asie-Pacifique a généré 51,9% des émissions mondiales mais n'a contribué qu'à 16,7% de l'augmentation. L'Afrique, bien que ne représentant que 4,7% des émissions totales, a contribué à 16,9% de l'augmentation mondiale, reflétant une croissance rapide à partir d'une base faible et soulignant l'importance croissante des régions en développement pour les futures émissions.

L'Europe a, quant à elle, montré une relative stabilité. Les émissions totales ont peu augmenté, et celles de l'Union Européenne ont même diminué, se situant désormais à environ un tiers en dessous de leur niveau de 1990. La picture globale de 2025 est donc nuancée. Il est inexact d'affirmer que les renouvelables échouent ; leur croissance a été suffisante pour compenser l'augmentation nette de la production d'électricité. Cependant, il est tout aussi inexact de prétendre que la transition énergétique réduit déjà les émissions globales. Le monde ne parvient pas encore à diminuer suffisamment l'usage des combustibles fossiles, les émissions industrielles, le méthane et le torchage pour inverser la courbe des émissions.

Le rebond américain et le ralentissement chinois sont les enseignements majeurs de cette année. La hausse rapide des émissions aux États-Unis, due à une demande accrue et au retour du charbon, et le quasi-stagnation des émissions chinoises, malgré une forte croissance de la demande électrique couverte par les renouvelables, illustrent la volatilité potentielle de la trajectoire des émissions. La transition énergétique est confrontée au défi de faire croître l'énergie propre tout en assurant une décarbonation suffisamment rapide de l'ensemble du système énergétique.

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