Gaz Naturel d'Asie Centrale : Une Déclaration Chinoise Contredit Ashgabat sur les Volumes d'Exportation
Des Chiffres Discordants dans les Flux Énergétiques Centrasiatiques
Les relations bilatérales entre le Turkménistan et la Chine, souvent décrites par des termes comme "confiance mutuelle" et "échanges séculaires", ont récemment été mises en lumière par une divergence de données sur l'un des piliers de leur partenariat : les exportations de gaz naturel. Lors d'une interview diffusée le 24 mars par le diffuseur international chinois CGTN, le dirigeant suprême du Turkménistan, Gurbanguly Berdymukhamedov, a présenté des chiffres pour les exportations annuelles moyennes de gaz turkmène vers la Chine s'élevant à environ 40 milliards de mètres cubes (bcm). Plus audacieusement, il a affirmé que Pékin et Achgabat travaillaient conjointement à une augmentation des exportations pour atteindre 65 bcm.
Cependant, ces déclarations ont été rapidement tempérées par l'ambassadeur de Chine à Achgabat, Ji Shumin. S'adressant aux journalistes le 27 mars, Ji Shumin a indiqué que le Turkménistan n'avait exporté qu'environ 30 bcm vers la République Populaire de Chine en 2025, et a précisé que les volumes devraient rester stables cette année. Il a également souligné qu'atteindre le chiffre de 65 bcm nécessiterait la finalisation du projet de pipeline "Ligne D", un projet toujours en discussion, alors que sa construction avait formellement débuté en 2014. Ce projet ambitieux a connu de nombreux arrêts et reprises avant de s'immobiliser il y a plusieurs années, apparemment en raison de différends sur la tarification. Aucune indication récente ne suggère que les obstacles à la reprise du projet aient été levés.
Les trois pipelines existants (Lignes A, B et C) ont une capacité combinée d'environ 55 bcm par an, mais les commentaires de l'ambassadeur suggèrent que cette capacité n'est actuellement pas pleinement exploitée. Les exportations de gaz turkmène constituent la majeure partie du commerce annuel entre les deux nations, faisant du Turkménistan le seul État d'Asie Centrale à maintenir un excédent commercial avec la Chine. Par ailleurs, le dirigeant turkmène a mentionné que plus de 10 000 de ses citoyens étudient en Chine, ce qui en ferait la deuxième destination d'études la plus populaire après la Russie, loin devant les États-Unis.
Dynamiques Économiques Régionales et Liens Commerciaux
Au-delà du secteur énergétique, les liens économiques entre la Chine et ses voisins d'Asie Centrale continuent de se densifier, bien que des défis subsistent. Jiaxin International Resources Investment Ltd. une société minière chinoise développant la mine de tungstène de Boguty au Kazakhstan, l'une des plus grandes au monde, a annoncé des revenus d'environ 136 millions de dollars et un bénéfice de près de 42 millions de dollars en 2025, redressant une perte de 22,5 millions de dollars en 2024. Son installation de traitement de minerai de tungstène, d'une valeur de 300 millions de dollars, a démarré sa production commerciale en avril 2025 et a livré plus de 5 000 tonnes de concentré de tungstène d'ici la fin de l'année. Cette production a positionné le Kazakhstan parmi les trois premiers producteurs mondiaux, avec l'intégralité de la production exportée vers la Chine, renforçant ainsi le contrôle de Pékin sur les minéraux critiques.
Dans le secteur pétrolier, PetroKazakhstan Kumkol Resources, co-détenue par le géant pétrolier et gazier chinois CNPC et la société nationale kazakhe KazMunayGas, versera 50 millions de dollars de dividendes pour le premier trimestre 2025, dont deux tiers iront à CNPC. Parallèlement, un accord intergouvernemental est en préparation pour augmenter le transit de pétrole russe via le territoire kazakh vers la Chine, passant de 10 à 12,5 millions de tonnes par an, selon KazTransOil.
Les exportateurs kazakhs font face à des complexités accrues. Les nouvelles réglementations douanières chinoises pour les producteurs d'aliments pour animaux inquiètent, risquant d'exclure certains acteurs du marché chinois ou de provoquer des retards et pénalités. Les producteurs font pression sur les autorités kazakhes pour une intervention auprès de Pékin. De plus, des dysfonctionnements du système d'information douanière Keden, exploité par le Comité des revenus de l'État kazakh, entraînent des retards et augmentent les coûts d'exportation.
La coopération culturelle n'est pas en reste, avec le lancement réussi d'une émission musicale sino-kazakhe, "Voice Beyond the Horizon", qui suit de jeunes musiciens le long de l'ancienne Route de la Soie. Au Kirghizistan, Bichkek cherche à obtenir un accès élargi au marché alimentaire chinois, avec des exportations initiales de maïs (25 tonnes) et la possibilité d'exporter des fruits congelés après enregistrement auprès des autorités chinoises. Le ministre kirghiz des Situations d'urgence a par ailleurs sollicité le soutien de Pékin pour la modernisation de la base technique de son ministère, une demande restée sans réponse ferme de l'ambassadeur chinois.
En Ouzbékistan, le tourisme chinois connaît une croissance exponentielle, avec environ 49 000 touristes chinois durant les deux premiers mois de 2026, triplant par rapport à l'année précédente. Néanmoins, la part de la Chine dans le secteur touristique ouzbek reste faible, avec un total de 1,8 million de visiteurs sur la période. L'opérateur chinois de commerce électronique Temu continue de rencontrer des obstacles pour sa réintégration sur le marché ouzbek, suite à des restrictions en mars 2025 pour non-conformité fiscale et de protection des consommateurs, malgré plusieurs séries de négociations.
Perspective des Marchés et Points de Vigilance
La divergence entre les chiffres annoncés par le président turkmène et ceux communiqués par l'ambassadeur chinois sur les exportations de gaz vers la Chine souligne une opacité potentielle dans les données énergétiques régionales. Les marchés surveilleront de près les avancées sur le projet de pipeline "Ligne D", dont la réalisation est cruciale pour atteindre les volumes d'exportation annoncés par le Turkménistan. L'échec de ce projet ou des retards supplémentaires pourraient peser sur les perspectives de revenus énergétiques d'Achgabat et potentiellement affecter la dynamique des prix du gaz naturel, bien que l'impact direct sur les marchés mondiaux reste limité compte tenu de la spécialisation de ces flux.
L'importance croissante des minéraux critiques, comme le tungstène du Kazakhstan dont la production est massivement dirigée vers la Chine, confirme la stratégie de Pékin de sécuriser ses approches d'approvisionnement. Les investisseurs dans le secteur des métaux chercheront à comprendre comment cette demande chinoise soutenue affectera les prix du tungstène et d'autres métaux stratégiques. Les entreprises opérant dans la région, notamment celles liées aux ressources naturelles ou aux infrastructures de transit, devront composer avec un environnement réglementaire en évolution et des complexités logistiques persistantes, comme en témoignent les problèmes rencontrés par les exportateurs kazakhs.
Les traders devront rester attentifs aux développements diplomatiques concernant le transit énergétique et les accords commerciaux. Les tensions autour des réglementations douanières et les problèmes systémiques, tels que les difficultés rencontrées par Temu en Ouzbékistan, peuvent signaler des risques accrus pour les entreprises cherchant à pénétrer ou à maintenir leur présence sur ces marchés. La volatilité dans la communication des données économiques clés, comme observé avec le gaz turkmène, incite à une prudence accrue et à une analyse rigoureuse des informations disponibles.
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