Pétrole : Les marchés anticipent une flambée durable des prix
Le Canada navigue entre prudence inflationniste et croissance modérée
Les marchés financiers canadiens ont connu une semaine plus sereine, portée par des développements encourageants sur le front de l'inflation. L'annonce d'une possible conclusion imminente d'un accord entre les États-Unis et l'Iran a entraîné une chute notable des prix du pétrole, le baril de WTI perdant près de 10 dollars. Parallèlement, le rapport sur l'inflation d'avril a révélé une inflation de base plus contenue que prévu. Le rendement des obligations canadiennes à 5 ans a reculé d'environ 15 points de base, soutenant l'optimisme sur les marchés boursiers.
L'indice des prix à la consommation (IPC) global a atteint 2,8% en avril, une accélération par rapport à mars, principalement due à la hausse des prix de l'essence. Cependant, cette pression n'a pas encore largement contaminé les autres secteurs. Les deux mesures d'inflation privilégiées par la Banque du Canada (BoC) ont légèrement augmenté à court terme, mais sont restées en moyenne sous la cible de 2%. Fait notable, les prix du transport aérien ont diminué en glissement annuel, une tendance contre-intuitive compte tenu de la hausse des carburants. La dispersion des prix entre les différentes catégories de biens et services, un indicateur clé pour la BoC, s'est réduite pour retrouver les niveaux de 2018-2019, une période où l'inflation était stable et dans la fourchette cible.
Plusieurs facteurs nuancent toutefois cette lecture de l'inflation. Premièrement, le passage des coûts énergétiques aux prix de base prend du temps ; un impact plus marqué est attendu à partir de juin, coïncidant avec une pression haussière sur les tarifs hôteliers due aux matchs de la Coupe du Monde. Deuxièmement, une inflation sous-jacente faible pourrait signaler un ralentissement économique qui limite la capacité des entreprises à répercuter les hausses de coûts. Les ventes de détail de mars ont ainsi chuté de 0,7% en volume mensuel, confirmant une possible fragilité de la demande.
Les indicateurs économiques à venir, notamment le rapport sur le PIB du premier trimestre et les données préliminaires d'avril, seront cruciaux. Les estimations actuelles suggèrent une croissance annualisée de 1,5% pour le T1, conforme aux prévisions de la BoC. Cependant, les premiers aperçus de l'activité au début du T2, avec un produit intérieur brut mensuel potentiellement stable en mars et un marché du travail en repli, pourraient remettre en question les projections de la banque centrale. Ces éléments renforcent la thèse d'une BoC patiente, qui devrait maintenir son taux directeur inchangé lors de sa prochaine réunion le 10 juin. Une résolution rapide des tensions au Moyen-Orient est conditionnelle à ce maintien des taux pour le reste de l'année.
Les États-Unis face à une inflation persistante et des rendements en hausse
Le calendrier économique américain était allégé cette semaine, laissant les marchés financiers, très réactifs aux développements géopolitiques, occuper le devant de la scène. La tendance baissière sur le marché obligataire s'est poursuivie, entraînant une hausse des rendements des bons du Trésor et des prix du pétrole. Le rendement de l'obligation à 10 ans a brièvement frôlé les 4,7%, son plus haut niveau depuis janvier 2025, tandis que le baril de WTI a atteint les 109 dollars avant de se replier suite aux espoirs ravivés d'un accord américano-iranien. Les marchés semblent néanmoins converger vers une perspective de prix du pétrole et de taux d'intérêt durablement élevés.
La remontée des rendements obligataires se répercute déjà sur l'économie réelle via les taux hypothécaires. Après avoir chuté vers 6%, les taux des prêts hypothécaires sur 30 ans sont remontés à 6,5% cette semaine, marquant la quatrième année consécutive au-dessus de ce seuil. Cette détérioration de l'accession à la propriété augure d'une saison d'achat de logements modeste et pèsera sur la construction résidentielle. Les mises en chantier de maisons individuelles ont légèrement baissé en avril, restant inférieures aux niveaux de l'année précédente.
L'activité économique américaine fait preuve d'une résilience surprenante face au choc pétrolier. Toutefois, alors que le conflit s'installe dans la durée, les indices des directeurs d'achat de mai pour d'autres économies mondiales majeures signalent une perte de dynamisme généralisée, exacerbée par les coûts énergétiques élevés. La confiance des directeurs d'achat dans de nombreuses économies européennes a atteint des plus bas pluriannuels, tandis que les pressions sur les coûts des intrants ont resurgi. Ce cocktail d'une production en baisse et de coûts en hausse soulève des inquiétudes quant à un choc stagflationniste potentiel, surtout si les prix du pétrole restent proches de 100 dollars le baril pour le reste de l'année.
L'économie américaine bénéficie d'une meilleure isolation face à la hausse des prix du pétrole, soutenue par des facteurs tels que des remboursements d'impôts plus élevés, des baisses d'impôts et la hausse des marchés boursiers. Néanmoins, la croissance des dépenses de consommation américaines devrait ralentir cette année, restant sous les 2% jusqu'en 2026. Avec une inflation dépassant à nouveau les gains salariaux, le dernier choc pétrolier, conjugué à la hausse des taux hypothécaires, continuera de mettre à l'épreuve la résilience des consommateurs. Les prochaines données sur les revenus et les dépenses d'avril fourniront une indication sur la santé financière des ménages.
Compte tenu d'un taux directeur toujours modérément restrictif, d'un marché du travail stable et de risques inflationnistes croissants, la Fed devrait rester à l'écart cette année. Les minutes de la réunion du FOMC des 28-29 avril ont révélé une orientation de plus en plus hawkish au sein du comité. Un membre du FOMC a suggéré un risque croissant que, si les pressions de prix persistantes ne sont pas maîtrisées, elles pourraient désancrer les anticipations d'inflation, obligeant la Fed à agir.
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