Le rapport sur l'emploi américain rebat les cartes et relance le scénario d'une hausse de la Fed - Forex | PriceONN
Les 172 000 emplois créés en mai aux États-Unis et une inflation qui menace de dépasser 4% ramènent au centre du jeu une question impensable il y a quelques mois encore: la prochaine décision de la Fed sera-t-elle une hausse plutôt qu'une baisse?

Le chiffre qui a changé le ton du marché

Pendant des semaines, les statistiques économiques semblaient presque accessoires. Le conflit au Moyen-Orient occupait tous les écrans, et les investisseurs passaient leur temps à valoriser des chocs énergétiques et des ruptures d'approvisionnement, traitant la plupart des publications comme périmées dès leur sortie. Le réveil a été brutal.

Le marché du travail américain vient de sonner la cloche. L'économie a créé 172 000 emplois en mai, près du double des prévisions, et les mois précédents ont été nettement réévalués: mars et avril ont gagné ensemble 93 000 postes supplémentaires après révision. On est loin du face-à-face gelé du type « ni embauche, ni licenciement » qui justifiait la patience de la Fed en fin d'année dernière.

Du coup, le volet stabilité des prix du mandat de la Fed revient au premier plan, et le calendrier ne pouvait pas être plus tendu. L'indice des prix à la consommation américain de mai, attendu mercredi, devrait franchir le seuil des 4%. Une économie résiliente qui affiche de solides indices ISM, couplée à une inflation qui réaccélère, pousse décideurs et opérateurs à se poser une question impensable il y a quelques mois: et si le prochain geste de la Fed était une hausse, pas une baisse?

Les marchés obligataires dégainent les premiers

Le repricing a été rapide. Les rendements américains ont grimpé entre 10,4 points de base sur le 2 ans et 2,1 points de base sur le 30 ans, un classique aplatissement baissier qui signale que la partie courte se prépare à un resserrement. Les données de cotation confirment que les marchés intègrent désormais plus que pleinement une hausse de la Fed d'ici la réunion de décembre. Hammack, de la Fed de Cleveland, a alimenté le mouvement en estimant qu'il pourrait bientôt être « approprié d'agir sur les taux ».

Côté allemand, la hausse est restée bien plus mesurée, de +3,1 points de base sur le 2 ans à seulement 0,8 sur la partie longue. L'écart de réaction en dit long sur la divergence des trajectoires monétaires attendues des deux côtés de l'Atlantique.

Le retour de l'aversion au risque dope le dollar

La poussée des rendements réels américains est tombée au pire moment pour les actions. Le S&P 500 a abandonné 2,64% tandis que les indices décrochaient, sur fond de doutes croissants quant aux valorisations tendues liées à l'IA. Un baromètre suivi de près a corrigé de 4,18%, effaçant une partie d'un rallye de deux mois qui paraissait inarrêtable.

Rendements en hausse, fuite franche du risque et absence de sortie claire au Moyen-Orient: le décor était parfait pour le billet vert. Le DXY a franchi la zone de résistance de 99,54 pour clôturer la semaine à 100,07, son meilleur niveau depuis début avril. L'EUR/USD a cédé sous le palier de soutien 1,16/1,1575 pour s'établir à 1,152. L'USD/JPY a percé la barre des 160 et évolue près de 160,3, en plein dans ce que beaucoup considèrent comme une zone d'intervention. La vraie interrogation: jusqu'à quel point est-il avisé pour Tokyo de brûler ses réserves contre ce qui relève avant tout d'une force généralisée du dollar?

L'Asie a ouvert dans le rouge profond. Au-delà de la vente de vendredi, de nouvelles frappes réciproques entre l'Iran et Israël ont plombé le sentiment, faisant chuter le Kospi de 7,7% et ajoutant 3 à 4 points de base sur la courbe américaine.

Sous les gros titres, deux signaux à ne pas négliger

Au Royaume-Uni, les placements permanents ont reculé au rythme le plus rapide depuis juillet dernier, selon l'enquête de mai sur l'emploi. Confiance fragile et coûts en hausse poussent les entreprises vers l'intérim, d'où la plus forte progression de la facturation temporaire en plus de trois ans. L'afflux de candidats a freiné les salaires, en hausse modeste, bien en deçà des normes historiques.

Sur l'énergie, sept membres de l'OPEP+ ont validé une nouvelle hausse modeste de 188 000 barils par mois. Le geste reste largement symbolique tant les barils peinent à quitter la région, le détroit d'Ormuz étant de fait bloqué. Le Brent traite autour de 97,3 dollars, contre 93 dollars en clôture vendredi, porté par le conflit plus que par l'équation de l'offre. L'Arabie saoudite, elle, a abaissé le prix de son Arab Light pour le deuxième mois consécutif: les acheteurs asiatiques paient 6 dollars de moins, ramenant la prime à 9,50 dollars, toujours proche de plus hauts pluri-décennaux.

Ce que surveillent les mains fortes

Le décor d'entrée de semaine est limpide: rendements plus élevés, dollar plus ferme, actions sur la défensive. Peu d'intérêt à contrarier des tendances aussi fraîches. Quatre catalyseurs méritent l'attention des opérateurs.

  • Mercredi, le CPI américain: un chiffre global à 4% ou plus et un cœur proche de 3% durciraient les paris de hausse et prolongeraient sans doute la progression du dollar.
  • La décision de la BCE, où une hausse de 25 points de base est largement anticipée; les indications de Lagarde sur un éventuel geste consécutif en juillet seront le vrai moteur des paires en euro.
  • Les adjudications de refinancement du Trésor américain sur le 3 ans, le 10 ans et le 30 ans, lecture en direct de l'appétit des investisseurs à ces niveaux de rendement.
  • Le foyer Iran-Israël, qui maintient une prime de risque sous le Brent et un soutien sous le dollar et l'or.

    À surveiller de près: le soutien brisé à 1,1575 de l'EUR/USD qui devient résistance, l'USD/JPY collé au risque d'intervention, et la question de savoir si la faiblesse des actions déborde des valeurs IA vers l'ensemble de la cote.

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