Tungstène : une envolée spectaculaire de 557% sur fond de tensions géopolitiques
L'ascension fulgurante du tungstène dans un contexte de crise
Lorsque les tensions géopolitiques s'intensifient, le complexe militaro-industriel entre en ébullition. Le tungstène, un métal relativement méconnu du grand public, se retrouve paradoxalement en première ligne. Une conjonction de facteurs – offre restreinte, restrictions à l'exportation imposées par la Chine, et une demande militaire en forte hausse, exacerbée par le conflit actuel au Moyen-Orient – a provoqué une secousse d'une ampleur inouïe sur les prix du tungstène. Depuis février dernier, ce métal a vu sa valeur grimper de 557%, un rendement qui éclipse celui des matières premières plus célèbres telles que l'or, l'argent, le cuivre ou encore le pétrole Brent.
Ce métal d'une dureté et d'une rareté exceptionnelles possède la faculté de résister à des températures extrêmes, le rendant indispensable dans une multitude de secteurs. Ses applications s'étendent de l'éclairage et de l'électronique de pointe à l'aérospatiale, en passant par l'automobile et, bien sûr, la défense. Face à son importance stratégique, le Canada, les États-Unis et l'Union Européenne ont tous classifié le tungstène comme un minéral critique.
Un métal clé pour la défense et l'industrie
Ce matériau d'une densité remarquable est un composant essentiel pour les équipements de forage et les armements perforants. Son utilisation est également prépondérante dans la fabrication d'hélicoptères, de chasseurs et de munitions. Les alliages de tungstène sont couramment employés dans les composants de missiles, les contrepoids pour aéronefs, les obus d'artillerie, les grenades et les véhicules blindés. Selon Project Blue, une firme d'intelligence de marché spécialisée dans les minéraux critiques, les usages militaires du tungstène devraient connaître une augmentation de 12% cette année.
Le cas du tungstène illustre parfaitement la nécessité pour les États-Unis et d'autres nations de diversifier leurs sources d'approvisionnement en minéraux critiques, dont la Chine détient le monopole depuis des décennies. Les données de l'US Geological Survey révèlent qu'en 2025, la Chine devrait produire 67 000 tonnes de tungstène sur un marché mondial estimé à 85 000 tonnes. Le concurrent le plus proche, le Vietnam, ne produirait que 3 000 tonnes. Les États-Unis, quant à eux, n'ont pas extrait de tungstène depuis 2015, suite à la faillite de North American Tungsten et la fermeture de la mine Cantung, située à la frontière entre le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest canadiens.
La principale force motrice derrière cette hausse des prix réside dans l'offre. En février dernier, Pékin a ajouté certains produits à base de tungstène à sa liste de contrôle des exportations, une mesure de rétorsion dans le cadre de la guerre commerciale initiée par les États-Unis. Les expéditions chinoises de ces produits restreints ont chuté d'environ 40% l'année dernière, selon Project Blue. De plus, la production de tungstène en Chine, le fournisseur majeur, a diminué par rapport aux niveaux observés il y a une décennie, en raison de la détérioration de la qualité des minerais. La flambée des dépenses de défense ne fait qu'accentuer la tension sur l'offre.
Réorientations stratégiques et perspectives d'approvisionnement
Les gains se sont accélérés ces dernières semaines à mesure que les acheteurs épuisent leurs stocks et que le conflit au Moyen-Orient focalise l'attention sur la demande militaire. L'augmentation de la production constitue une voie essentielle pour desserrer l'étreinte chinoise sur l'approvisionnement mondial en tungstène. Cette semaine, Almonty Industries (:ALM) a redémarré la mine de Sandong en Corée du Sud, un site dont l'histoire remonte à l'occupation japonaise entre 1910 et 1945. Les autorités américaines ont contacté Almonty le mois dernier concernant la disponibilité immédiate de matière première. Près de la moitié de la production sud-coréenne de l'entreprise est déjà destinée à la Pennsylvanie, où elle est utilisée dans la fabrication de munitions. La société, basée à Toronto, ambitionne également de relancer une mine de tungstène dans le Montana.
Si l'exploitation minière pourrait se développer dans d'autres pays, y compris aux États-Unis et au Kazakhstan, la production occidentale mettrait environ deux ans à se matérialiser. Ce délai est jugé trop long pour répondre aux besoins actuels des programmes d'acquisition militaire. Cette situation crée une fenêtre d'opportunité pour les producteurs non chinois, mais aussi une période de vigilance accrue pour les consommateurs face à la volatilité des prix.
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