L'économie canadienne marque le pas alors que la révision de l'ACEUM devient le rendez-vous décisif
Le Canada à l'arrêt à la veille de discussions commerciales décisives
Une trêve de 60 jours au Moyen-Orient suffit-elle à apaiser des marchés aussi nerveux? Cette semaine, l'espoir d'un accord de paix entre l'Iran et les États-Unis, susceptible de rouvrir le détroit d'Ormuz, a dominé les échanges. Le baril a chuté d'environ 9% par rapport à la fin de la semaine précédente, mais la volatilité reste vive. Chaque nouveau titre déplace les cours, ce qui en dit long sur la fragilité du contexte actuel.
Pour le Canada, cette instabilité tombe au plus mauvais moment. L'accès au marché américain demeure une inconnue et continue de peser sur l'activité intérieure. Le rapport sur le PIB du premier trimestre a confirmé une économie pratiquement à l'arrêt, à -0,1% en rythme annualisé, sous les attentes. La faiblesse était généralisée. La vigueur des importations a tiré le chiffre global vers le bas, mais la demande intérieure finale a de nouveau reculé (-0,4% sur le trimestre), poursuivant une trajectoire en dents de scie.
En lissant ces soubresauts, la demande intérieure finale progresse de 1,3% sur un an, un rythme qui reste sous la tendance et compatible avec une économie tournant en deçà de ses capacités. Les dépenses des ménages ont augmenté de 1,5% au trimestre, portées par les services, mais l'élan s'est essoufflé par rapport au quatrième trimestre. Côté investissement, la bonne tenue des machines, des équipements et des produits de propriété intellectuelle a été annulée par une nouvelle contraction marquée de l'investissement résidentiel (-7,9% au trimestre) et par des dépenses plus faibles en ouvrages de génie. L'investissement public a lui aussi reflué après ses gains de fin 2025.
Les données conjoncturelles du deuxième trimestre laissent entrevoir un rebond, le PIB d'avril s'orientant à la hausse. La tendance de fond, elle, signale encore des capacités inutilisées et une croissance contenue.
L'ACEUM au coeur de la stratégie d'Ottawa
Cette croissance atone braque les projecteurs sur la révision à venir de l'ACEUM. L'économie évolue sous le voile de l'incertitude depuis l'annonce de la première vague de droits de douane l'an dernier. Lundi, les trois pays doivent se notifier mutuellement les modifications souhaitées, avant l'ouverture des discussions. Washington et Mexico ont déjà fixé des cycles formels de négociation. Le ministre du Commerce Canada-États-Unis, Dominic Leblanc, devrait se rendre à Washington la semaine prochaine, mais le calendrier reste flou.
Le discours du Premier ministre Mark Carney à New York a éclairé la feuille de route. Il a plaidé pour un « nouveau partenariat » avec les États-Unis tout en affichant l'ambition de faire du Canada une « superpuissance énergétique ». Les données récentes sur l'investissement direct étranger donnent du corps à cette stratégie. Les entrées du premier trimestre ont atteint 22 milliards de dollars (4 milliards de moins qu'au quatrième trimestre), dont 14,7 milliards dans le secteur de l'énergie et des mines. Ces flux sont volatils, mais ils épousent la volonté d'Ottawa d'exploiter sa base de ressources pour capter des capitaux de long terme.
États-Unis: les contours d'un accord et un consommateur sous tension
Trois mois après les premières frappes contre l'Iran, l'espoir d'une résolution durable est remonté après les propos du président Trump évoquant un accord « en grande partie négocié ». Les cours pétroliers ont reculé brutalement, avant que de nouvelles attaques en milieu de semaine n'effacent brièvement l'optimisme. Jeudi soir, un protocole d'entente de 60 jours visant à prolonger le cessez-le-feu était évoqué, dans l'attente de l'aval présidentiel. Sur la semaine, le WTI a cédé 9% pour s'établir à 88 dollars le baril.
Les chiffres publiés cette semaine décrivent un consommateur plus prudent, mais encore résistant face à un regain d'inflation. Le S&P 500 a gagné 1,3% sur la semaine, tandis que le rendement du 10 ans américain a glissé de 12 points de base, à 4,44%. Le rapport d'avril sur les revenus et dépenses a rappelé la facture du choc énergétique pour les ménages: l'inflation PCE a grimpé à un sommet de trois ans à 3,8% sur un an et pourrait dépasser 4% en mai avec la hausse continue de l'essence. Hors alimentation et énergie, l'inflation PCE de base s'est tendue à 3,3%, les mesures sur trois et six mois ressortant encore plus chaudes, à 3,8% chacune.
Malgré cette poussée des prix, le consommateur tient. Les dépenses nominales ont progressé de 0,5% sur le mois en avril, après un bond de 1% en mars. Corrigé de l'inflation, le gain d'avril n'a atteint que 0,1%. L'inflation érode le pouvoir d'achat, le revenu disponible réel reculant pour un troisième mois consécutif. Les ménages puisent davantage dans leur épargne, mais avec un taux tombé à son plus bas en quatre ans, le matelas s'amincit.
Le ton plus ferme de la Fed redessine les anticipations
Un enquête récente du Conference Board fait état d'intentions de dépenses plus molles. Moins de foyers prévoient des achats importants et deux tiers comptent réduire leurs dépenses en raison des prix. Le choc énergétique pèse surtout sur les ménages à revenus faibles et moyens, qui ont moins profité des hausses passées de l'immobilier et des actions.
Le concert des voix fermes s'élargit au sein de la Fed. La gouverneure Lisa Cook s'est dite « prête à relever les taux » si la désinflation ne reprend pas rapidement, tandis que le président Kashkari a réaffirmé la priorité donnée à la lutte contre l'inflation, le marché du travail paraissant en bonne forme. Le rapport sur l'emploi de la semaine prochaine cédera donc la vedette aux chiffres du CPI de mai attendus le 10 juin. Les contrats à terme intègrent désormais une probabilité de 60% d'une hausse de taux d'ici la fin de l'année, qu'un rapport d'inflation plus chaud pourrait rapprocher.
Lecture pour les investisseurs
Le fil conducteur des prochaines semaines tient en un mot: la clarté. Pour le huard et les actifs canadiens, l'issue de la révision de l'ACEUM conditionnera la prime de risque commerciale. Une visibilité accrue, couplée à l'afflux de capitaux dans l'énergie et les mines, poserait les bases d'une croissance tirée par la productivité.
Aux États-Unis, l'équation se joue entre un consommateur qui s'épuise et une Fed qui durcit son discours. Plusieurs actifs méritent une attention particulière:
- WTI et Brent: la trajectoire des 88 dollars dépendra de la solidité du cessez-le-feu et de l'état du détroit d'Ormuz.
- USDCAD: sensible à la fois au différentiel de politique monétaire et au dénouement des négociations commerciales.
- Rendements du Trésor: le 4,44% du 10 ans reste suspendu au CPI de mai.
- Actions cycliques et énergétiques: exposées au double mouvement des prix de l'énergie et des intentions de dépenses des ménages.
Le calendrier impose sa discipline. Tant que le choc énergétique persiste, le risque d'une inflation collante et d'un resserrement supplémentaire de la Fed reste sur la table, un scénario que les bureaux de trading surveillent de près à l'approche du 10 juin.
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