Le marché de l'emploi américain résiste en mai avec 139 000 créations de postes
Un chiffre rassurant qui cache un essoufflement
Voilà une semaine particulièrement chargée pour les marchés actions, et le rapport sur l'emploi publié ce matin par le Bureau of Labor Statistics (BLS) en constitue sans doute le point culminant. L'économie américaine a créé 139 000 emplois non agricoles en mai, soit 14 000 de plus que les 125 000 attendus par le consensus. Le taux de chômage issu de l'enquête auprès des ménages reste collé à un plancher historique de 4,2 %, pour le troisième mois consécutif.
À première vue, le tableau paraît solide. En grattant un peu, le récit devient plus nuancé. Les données de pricing confirment une dynamique qui s'érode mois après mois, même si elle demeure positive.
Des révisions qui changent la photographie
Le diable se niche dans les révisions, et celles-ci sont loin d'être anodines. Le chiffre d'avril, initialement annoncé à 177 000, vient d'être amputé de 30 000 postes pour tomber à 147 000. Celui de mars passe de 185 000 à 120 000. Plus frappant encore, ce même mois de mars affichait à l'origine 228 000 créations, soit plus de 100 000 de plus que ce que l'on retient aujourd'hui.
Sur l'ensemble de l'année 2025, ces ajustements installent le rythme mensuel dans une fourchette de 110 000 à 150 000 nouveaux emplois. C'est suffisant pour absorber les départs à la retraite chaque mois, donc la mécanique reste saine. Mais la tendance est clairement orientée à la baisse. Pour mémoire, l'année 2024 dans son ensemble, malgré un été poussif, avait affiché une moyenne de 164 000 postes par mois.
Salaires fermes, participation en recul
Le détail réserve quelques surprises. Le salaire horaire a progressé de 0,4 % sur le mois, soit 10 points de base au-dessus des prévisions et le double de la hausse d'avril. Sur un an, la rémunération horaire ressort à 3,9 %, un niveau identique à celui de janvier et février. Cette vigueur des salaires illustre la résistance de l'économie, mais elle réduit aussi la marge de manœuvre de la Fed pour abaisser ses taux à court terme.
La durée hebdomadaire du travail se maintient à 34,3 heures, là encore pour le troisième mois d'affilée. En revanche, le taux de participation à la population active recule de 20 points de base à 62,4 %, son plus faible niveau de l'année et le plus bas depuis décembre 2022. Le taux U-6, parfois qualifié de chômage réel, atteint 7,8 % pour le deuxième mois consécutif.
Par secteur, la santé tire l'ensemble vers le haut avec 68 000 embauches. Les loisirs et l'hôtellerie ajoutent 48 000 postes, signe d'une économie du voyage encore bien portante. À l'inverse, l'emploi public perd 22 000 postes, soit 59 000 depuis le début de l'année, le secteur manufacturier recule de 8 000 et le commerce de détail de 6 500. De quoi s'interroger sur la perception qu'a réellement le consommateur de la santé de l'économie.
Ce que les opérateurs doivent surveiller
Les flux institutionnels suggèrent un soulagement net sur les marchés à terme avant l'ouverture, d'autant plus marqué après les maigres 37 000 créations publiées mercredi par l'enquête ADP sur le secteur privé. Le Dow, qui gagnait environ 150 points avant le rapport, a quasiment doublé son avance. Le S&P 500 progresse d'environ 45 points et se rapproche du seuil des 6 000. L'indice technologique ajoute pour sa part près de 180 points.
La lecture est limpide pour les investisseurs. Un ralentissement de l'emploi reste de l'emploi, donc de la croissance. Cela ne déclenchera pas de baisse de taux de la Fed la semaine prochaine, mais personne ne l'attendait. Pour les opérateurs, l'attention se portera sur la trajectoire des salaires, qui dicte le calendrier monétaire, et sur la dégradation du taux de participation, indicateur souvent sous-estimé du marché du travail. Pendant que les chaînes d'information saturent leurs grilles avec la passe d'armes publique entre Elon Musk et le président Trump, l'économie américaine continue d'avancer à son rythme.
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