Marchés : L'inflation européenne freine, le yen sous pression et l'attention se tourne vers Sintra
Clôture de trimestre sous influence des données et des discours
La dernière session du trimestre a été rythmée par une combinaison de publications économiques, les interventions croisées du forum de la BCE à Sintra et les ajustements de portefeuille de fin de période. Les chiffres de l'inflation en juillet pour les membres de la zone euro ont réservé quelques surprises à la baisse. En Allemagne, l'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) a reculé de 0,2% sur un mois pour s'établir à 2,4% en glissement annuel. La France a enregistré une baisse de 0,3% mensuelle, portant l'inflation à 2% en rythme annuel. L'Italie a, quant à elle, affiché une légère hausse de 0,1% mensuelle, avec une inflation à 3,1% en glissement annuel.
Bien qu'il n'y ait pas de lien direct et systématique entre ces données et les analyses de la Banque Centrale Européenne, elles viennent renforcer le message de plusieurs de ses membres : la BCE ne devrait pas se précipiter pour relever ses taux dès la réunion de juillet. Les marchés financiers, qui n'anticipent qu'une probabilité inférieure à 10% d'une hausse en juillet, n'ont que peu ajusté leurs positions suite à ces publications. Le débat sur une potentielle hausse en septembre demeure cependant ouvert, avec une probabilité de 70% actuellement intégrée par les opérateurs.
Dynamiques divergentes sur les marchés obligataires et des changes
Les rendements obligataires allemands ont montré une stabilité remarquable, évoluant de moins de 1,5 point de base sur l'ensemble de la courbe. Aux États-Unis, les indicateurs économiques ont présenté un tableau contrasté. La confiance des consommateurs, mesurée par le Conference Board, a légèrement déçu en juin, s'établissant à 91,2 points. Les consommateurs américains se montrent particulièrement plus prudents dans leur évaluation de la situation actuelle, passant de 119,4 (révisé à la baisse) à 116,4.
Cependant, l'attention des marchés reste focalisée sur les données de l'emploi. Les ouvertures de postes JOLTS en mai ont atteint 7 494 000, dépassant les attentes et suggérant un maintien d'un équilibre constructif sur le marché du travail américain. Si la réaction initiale fut modérée, les rendements américains ont connu une compression haussière durant les dernières heures de cotation du deuxième trimestre. Les rendements à 2 ans ont ainsi gagné 6,8 points de base, tandis que ceux à 10 ans ont progressé de 9,1 points de base. Ces mouvements n'ont pas soutenu le dollar américain, l'indice DXY clôturant sans changement notable à 101,18, tout comme l'euro face au dollar (1,1422).
En revanche, la paire USD/JPY a confirmé son franchissement de la résistance de 161,95, terminant la séance à 162,55. Le yen japonais atteint ainsi un plus bas de 40 ans face au dollar, les marchés spéculant sur le prochain seuil qui pourrait inciter les autorités japonaises à intervenir.
Perspectives et points de vigilance pour les prochains jours
Les marchés actions ont retrouvé leur aplomb, avec une nette surperformance du secteur technologique (+1,52%), tandis que le Dow Jones a avancé de 0,26%. Ce matin, la plupart des indices boursiers asiatiques affichent des gains modestes, le dollar progressant légèrement et le yen restant sur la défensive à 162,7 face au billet vert.
Le calendrier du jour inclut la publication des indices flash de l'IPC de juin pour la zone euro. Compte tenu des données nationales déjà connues, un léger risque baissier pèse sur l'estimation de 0,1% mensuel et 3% annuel. Néanmoins, pour la BCE, l'attention pourrait se porter davantage sur l'inflation sous-jacente (core) et surtout sur l'inflation des services. Aux États-Unis, le rapport ADP sur l'emploi privé (attendu à 120 000) pourrait affiner les attentes concernant les chiffres officiels de l'emploi demain. L'indice ISM manufacturier américain (attendu à 53,8) devrait confirmer la résilience de l'activité.
À 15h00 CET, l'attention se portera probablement sur le débat du forum de Sintra réunissant la présidente de la BCE, Christine Lagarde, le président de la Fed, Jerome Powell, le gouverneur de la BoE, Andrew Bailey, et le gouverneur de la BoC, Tiff Macklem. Il est peu probable que le président de la Fed fournisse des indications prospectives lors de ce forum.
Nouvelles et Analyses : La BCE envisage de doubler ses réserves obligatoires
Des sources internes à la BCE ont indiqué que la banque centrale envisage de doubler le ratio des exigences minimales de réserves à 2%, contre 1% actuellement. Canaliser les réserves excédentaires des banques commerciales vers ce compte non rémunéré permettrait de réduire la charge annuelle d'intérêts combinée des banques centrales de près de 4 milliards d'euros. Ce sujet est devenu politiquement sensible suite à la crise inflationniste post-Covid, qui a conduit les taux directeurs de la BCE à des niveaux aussi élevés que 4%. D'importantes liquidités excédentaires, résultant d'années d'achats d'obligations d'État par la BCE, avaient été déposées auprès de la banque centrale et du reste de l'Eurosystème, et rémunérées à des taux historiquement élevés. Les banques centrales de la zone euro ont accumulé des pertes, entravant leur capacité à verser des dividendes aux États et risquant des augmentations de capital forcées. L'augmentation des exigences minimales de réserves aiderait également la BCE à résorber les liquidités excédentaires qu'elle a créées par des années d'achats d'obligations d'État (qui sont maintenant en cours de dénouement).
Amélioration du moral des entreprises japonaises malgré la faiblesse du yen
Le moral des entreprises japonaises s'est amélioré de manière inattendue au deuxième trimestre, selon l'enquête Tankan de la Banque du Japon. Les grands fabricants estiment que les conditions économiques se sont améliorées, passant de 16 à 22, le meilleur score depuis 2018. Le sentiment s'est amélioré dans 13 des 18 sous-secteurs concernés, probablement soutenu par le boom des investissements dans l'IA. Le sentiment des non-manufacturiers s'est par ailleurs encore éclairci pour atteindre un nouveau sommet en 35 ans. La composante prospective s'est établie à des niveaux records similaires, atteignant des sommets sur 8 et 35 ans dans les secteurs respectifs, et n'a pas encore pleinement reflété la trêve américano-iranienne (date de référence de l'enquête : 11 juin).
Les plans d'investissement des entreprises s'élèvent à 11,5% pour l'exercice clos en mars 2027, une forte augmentation par rapport aux 3,3% du premier trimestre. Les entreprises (toutes tailles et secteurs confondus) prévoient une inflation à 2,6% dans cinq ans, soit 0,1 point de pourcentage de plus qu'au premier trimestre. Cet indicateur est crucial pour l'évaluation par la BoJ des anticipations d'inflation à long terme. Les entreprises japonaises prévoient largement des augmentations de leurs prix de vente, signe supplémentaire d'un fort élan inflationniste sous-jacent. L'enquête Tankan ne parvient cependant pas à remonter le moral du yen. La devise japonaise continue de s'échanger à un plus bas de 40 ans face au dollar, frôlant les 163, la seule chose empêchant une baisse rapide étant les menaces d'intervention des autorités japonaises.
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