Les données PCE vont-elles doper les paris sur une hausse anticipée des taux par la Fed ?
La Fed sous pression inflationniste
Le récent discours de Kevin Warsh, nouveau visage à la tête de la Réserve Fédérale américaine (Fed), a d'ores et déjà provoqué une réévaluation significative des anticipations de taux directeurs. Les marchés des fonds fédéraux montrent une nette préférence pour une remontée des taux dès le mois de septembre, une perspective qui prend de l'ampleur alors que l'inflation se retrouve au cœur des préoccupations.
Dès sa première réunion du FOMC, les 16 et 17 juin, M. Warsh n'a pas hésité à affirmer son autorité. Il a non seulement abandonné la communication prospective tant appréciée des marchés, mais a également mis en place des groupes de travail dédiés à des réformes majeures, notamment l'évaluation de la taille du bilan de la Fed et le cadre de sa politique monétaire axée sur l'inflation. Cependant, l'attention immédiate des investisseurs reste focalisée sur le changement de cap hawkish de la Fed, plus prononcé qu'anticipé.
Malgré un consensus quasi partagé au sein du FOMC quant au maintien des taux actuels ou à leur relèvement – une division accentuée par le refus de Warsh d'ajouter ses propres projections – le point médian des prévisions pour 2026 a glissé d'une baisse de 25 points de base à une hausse de même ampleur. Cette volte-face intervient dans un contexte où les indicateurs économiques américains continuent de surprendre à la hausse, renforçant la résilience de la première économie mondiale.
L'inflation, un défi persistant pour la Fed
La détente observée dans le conflit israélo-palestinien n'a que peu contribué à apaiser les inquiétudes inflationnistes. Bien que les espoirs d'une résolution durable du conflit soient palpables suite à l'accord entre les États-Unis et l'Iran pour une période de négociation de 60 jours, et malgré une normalisation progressive des flux énergétiques via le détroit d'Ormuz, les répercussions de trois mois de prix du pétrole élevés continuent de se faire sentir sur les prix.
La Fed a d'ailleurs revu à la hausse ses projections d'inflation sous-jacente (core PCE) pour 2026, passant de 2,7% à 3,3%. Elle n'anticipe plus un retour à sa cible de 2% avant 2028 au plus tôt. Il est à noter que les derniers relevés d'inflation, que ce soit l'IPC ou le PCE, n'ont pas été égaux ou inférieurs à 2% depuis début 2021. Ce bilan n'est guère flatteur pour une banque centrale dotée d'un objectif de prix explicite.
Dans ce contexte, il est probable que la Fed ait ressenti le besoin de réaffirmer son engagement envers son mandat inflationniste, indépendamment de qui serait à sa tête, afin de renforcer sa crédibilité. Les marchés obligataires ont d'ailleurs semblé apprécier la posture déterminée de Warsh lors de la conférence de presse du FOMC, puisque le rendement des bons du Trésor à 30 ans a terminé la semaine 7 points de base plus bas, reflétant une confiance accrue dans la capacité de la Fed à maîtriser l'inflation.
Les yeux rivés sur les chiffres du PCE
Les indices de prix PCE qui seront publiés jeudi pour le mois de mai sont susceptibles d'exercer une pression supplémentaire sur la Fed pour qu'elle agisse rapidement afin de maîtriser l'inflation. L'indice des prix PCE de base, métrique privilégiée par la Fed, devrait connaître une légère hausse en mai, passant de 3,3% à 3,4% en glissement annuel. L'indice PCE global, quant à lui, est prévu en forte augmentation, passant de 3,8% à 4,1% en glissement annuel, sous l'effet de la flambée des prix de l'essence.
Cependant, la pression sur les revenus disponibles engendrée par la hausse des coûts de l'énergie ne devrait pas avoir un impact dévastateur sur les ménages. La consommation personnelle devrait avoir progressé de 0,6% en rythme mensuel, tandis que le revenu personnel est également attendu en hausse solide de 0,4% en rythme mensuel. Ces données suggèrent une certaine résilience de la demande intérieure.
Le dollar américain en position de force
Le pivot hawkish de la Fed, conjugué à des indicateurs économiques toujours solides, a propulsé le dollar américain à des sommets de près de quatre semaines face à un panier de devises, et ce, malgré la dissipation des risques géopolitiques. L'euro évolue actuellement autour du niveau de 1,1400 dollar, et une rupture de ce seuil semble imminente si les données PCE s'avèrent robustes. Au-delà, la zone des 1,1280 dollar pourrait constituer la prochaine cible pour les baissiers sur l'euro.
Toutefois, si l'inflation PCE de base augmente moins que prévu, l'euro pourrait rebondir vers sa moyenne mobile à 20 jours (MA) à 1,1557 dollar, une reprise plus affirmée pouvant même le mener vers la moyenne mobile à 200 jours à 1,1667 dollar. La question demeure : Kevin Warsh a-t-il déjà révélé toutes ses intentions ?
Perspectives et vigilance accrue
Il est important de souligner qu'une inflation persistante et une économie résiliente auraient probablement déjà écarté la perspective d'une baisse des taux, même sans la crise irano-américaine. Néanmoins, il existe aussi une possibilité que les opérateurs de marché s'emballent un peu trop avec les spéculations sur les hausses de taux. Non seulement Warsh garde ses cartes près de lui en ne révélant pas ses propres opinions sur l'économie et la trajectoire des taux, mais un retournement rapide des prix du pétrole pourrait également encourager la Fed à faire preuve de patience concernant l'inflation.
Cela soulève la possibilité que la Fed ne réponde pas aux attentes hawkish, limitant tout resserrement à seulement 25 à 50 points de base et rendant ainsi le rebond du dollar de courte durée. Les marchés financiers devront donc décrypter avec attention les données PCE de jeudi pour ajuster leurs positions. Les desks d'analyse surveillent de près la réaction des marchés obligataires, notamment les rendements à deux ans, qui sont particulièrement sensibles aux anticipations de politique monétaire.
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