Tensions géopolitiques et flambée des prix de l'énergie : les marchés sous haute tension
Énergie et Géopolitique : Un Cocktail Explosif
Les cours de l'énergie continuent leur ascension fulgurante, alimentés par l'intensification du conflit militaire en Iran. Alors que les frappes aériennes américaines ont atteint leur 11ème nuit consécutive ce matin, tout espoir d'une résolution diplomatique rapide s'estompe. Parallèlement, les Houthis, soutenus par l'Iran, ont annoncé un blocus maritime immédiat visant l'Arabie Saoudite et le détroit stratégique de Bab-el-Mandeb, reliant la mer Rouge au golfe d'Aden. Ce point de passage est crucial pour les exportations de brut saoudien, qui s'élèveraient à environ 4 millions de barils par jour. Le baril de Brent s'approche des 92 dollars, un sommet inédit depuis la mi-juin, tandis que les prix du gaz européen testent la barre des 60 €/MWh, un niveau franchi une seule fois lors du pic de la crise iranienne en mars.
Réactions des Banques Centrales et Incertitudes Monétaires
Face à ces pressions inflationnistes ravivées, les marchés obligataires sont sous pression. Les rendements des bons du Trésor américain ont grimpé de 6 à 9 points de base sur l'ensemble de la courbe depuis vendredi dernier. Les marchés anticipent désormais une action de la Fed, soit en septembre, soit au plus tard en octobre. En Europe, les rendements des swaps à court terme testent agressivement les plus hauts de mars, signalant une nervosité accrue. Les probabilités d'une hausse des taux de la BCE ont considérablement augmenté, les marchés monétaires envisageant au moins une nouvelle hausse. Si une décision en juillet (réunion demain) est peu probable, la réunion de septembre s'annonce cruciale. Les opérateurs pricingent sérieusement une troisième hausse d'ici décembre, avec une anticipation de 20 points de base de resserrement, et intègrent pleinement une hausse début 2027. Les rendements des obligations européennes à 30 ans ont d'ailleurs atteint hier un nouveau plus haut sur 15 ans en séance.
Outre-Manche, les rendements des gilts britanniques ont sous-performé leurs homologues européens, avec une hausse de près de 9 points de base par rapport à la clôture de vendredi. L'arrivée de Rishi Sunak à Downing Street lundi, avec sa promesse d'utiliser toute la "flexibilité" des règles budgétaires existantes, a immédiatement mis les marchés britanniques sur le qui-vive. La lune de miel de la livre sterling semble terminée. La paire EUR/GBP a ainsi rebondi vers 0.853, après être tombée à 0.845 plus tôt ce mois-ci. Bien que l'issue reste incertaine, la livre pourrait rencontrer des difficultés à retrouver ses plus hauts annuels. La publication d'une inflation britannique cœur et services légèrement supérieure aux prévisions ce matin n'apporte qu'un soutien limité à la devise.
Dollar, Tarifs Américains et Résultats d'Entreprises : Une Journée Chargée
Le dollar américain a bénéficié d'un certain scepticisme quant à la gravité des nouvelles géopolitiques, mais les gains du billet vert sont restés limités, le sentiment de risque n'étant pas fondamentalement ébranlé. La paire EUR/USD a continué de s'éroder vers la zone des 1.14. La géopolitique et les prix de l'énergie demeurent cependant des facteurs imprévisibles et une escalade future pourrait, après tout, finir par affecter le sentiment de risque. Par ailleurs, les tarifs américains refont surface comme un facteur potentiellement pertinent pour les marchés. La taxe temporaire de 10% introduite par l'administration Trump expire ce vendredi. Des annonces de mesures de remplacement sont attendues dans les prochains jours, bien que l'impact sur les pays ayant déjà conclu un accord reste flou. L'ensemble est complété par les résultats du deuxième trimestre de grandes entreprises telles que GE Vernova (avant l'ouverture), Tesla et Alphabet (toutes deux après la clôture), promettant une séance potentiellement volatile aujourd'hui.
Perspectives des Banques Centrales d'Europe de l'Est
La Banque Nationale de Hongrie (MNB) a procédé hier, comme prévu, à une réduction de son taux directeur de 25 points de base pour le ramener à 5.75%. Malgré la récente hausse des prix du pétrole et du gaz, la MNB a pris en compte des développements intérieurs favorables. La production industrielle et les ventes au détail nationales ont continué d'augmenter en mai. Si la dynamique salariale du secteur privé a ralenti par rapport aux années précédentes, une forte hausse des salaires réels a été observée. Le taux de chômage reste bas. L'indice des prix à la consommation (IPC) a reculé à 1.7% en glissement annuel en juin, tandis que l'inflation sous-jacente est restée inchangée à 2%. Les prix alimentaires ont joué un rôle dans une inflation plus faible que prévu. La MNB s'attend à ce que le rythme de la hausse des prix reste sous la cible de 3% pour le reste de l'année et l'année prochaine. Les anticipations d'inflation des ménages ont diminué depuis le début de l'année. Celles des entreprises concernant les variations de prix de détail ont baissé par rapport au mois précédent, mais celles concernant les services ont légèrement augmenté. Une inflation meilleure que prévu et une prime de risque réduite sur les actifs domestiques ont préservé la marge de manœuvre du Comité de politique monétaire (CPM), qui anticipe de nouvelles baisses tout au long de l'été. Le rendement du swap HUF à 2 ans a baissé hier de 5 points de base pour s'établir à 5.37%. La paire EUR/HUF a clôturé la séance quasiment inchangée à 462.3, le forint ayant effacé un modeste gain après la décision de politique monétaire.
Dans une interview accordée au Financial Times hier, le gouverneur de la Banque Centrale Tchèque (CNB), Ales Michl, a rejeté les appels du Premier ministre tchèque Andrej Babis à une réduction des taux d'intérêt et s'est montré critique envers la volonté du président Pavel d'adopter l'euro. Michl a indiqué que les récentes demandes de baisse des taux étaient en contradiction avec les efforts visant à maîtriser l'inflation. La CNB avait relevé son taux directeur de 25 points de base le mois dernier pour le porter à 3.75%, préoccupée par une inflation sous-jacente tenace (juste en dessous de 3%). Concernant la démarche du président Pavel pour rejoindre la zone euro, Michl a averti que l'économie tchèque n'avait pas encore suffisamment convergé avec les autres pays de la zone euro pour rendre l'adoption de la monnaie unique conseillable. Selon lui, une adhésion prématurée à l'euro pourrait alimenter l'inflation en faisant grimper les salaires et autres coûts.
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